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Les Grands Récits Montessori : un récit moderne de nos origines

Les grands récits sont aujourd’hui bien connus dans l’univers de la pédagogie Montessori et pour cause, ils constituent le cœur même de l’éducation cosmique et en sont l’outil principal.

Mais si on s’y intéresse de plus près, on se rend vite compte qu’ils dépassent largement le cadre de simples outils éducatifs destinés à introduire des notions scolaires. Car derrière ces récits racontés aux enfants se cache en réalité une vision extrêmement puissante et peut-être même l’une des idées les plus révolutionnaires proposées ces dernières décennies selon moi. 

J’espère donc, à travers ces quelques lignes, réussir à vous transmettre un peu de ma vision de ces grandes histoires.

Le besoin humain d’une grande histoire sur les origines du monde

Depuis toujours, les êtres humains se racontent des histoires sur les origines du monde. À travers des mythes de création, des récits religieux ou d’anciennes cosmologies, toutes les civilisations ont cherché à répondre aux mêmes grandes questions : d’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Quelle est notre place dans l’univers ?

Certaines de ces histoires ont des milliers d’années et ont d’abord été transmises oralement, bien avant d’être mises par écrit. Elles naissent de cultures, de religions et de visions du monde très différentes. Certaines parlent d’un Dieu créateur, d’autres d’un œuf cosmique, du chaos primordial, de géants ou encore des forces du ciel et de la Terre. Malgré ces différences, toutes semblent répondre à quelque chose de profondément humain : le besoin de comprendre le monde et de donner du sens à notre existence. 

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Dieu le Père sépare la lumière et les ténèbres

Pendant des siècles, ces récits ont profondément façonné les cultures, les civilisations et les manières de voir le monde. Mais avec le temps, les avancées scientifiques, les contacts entre les peuples et la confrontation entre différentes visions ont progressivement fragilisé les anciens récits fondateurs et la place centrale qu’ils occupaient autrefois dans les sociétés humaines. 

Aujourd’hui, dans les sociétés modernes et laïques comme les nôtres, ces grandes histoires communes ont cessé de structurer le monde comme elles l’avaient fait pendant des siècles. Et la disparition progressive de ces récits fondateurs, il faut bien l’admettre, a laissé derrière elle une forme de vide, un sentiment de fragmentation, de perte de repères et de déconnexion face au monde, au vivant et à notre propre existence.

Pourtant, les connaissances humaines n’ont jamais été aussi nombreuses. Nous savons aujourd’hui davantage de choses sur l’univers, le vivant, la Terre ou l’histoire humaine que n’importe quelle civilisation avant nous. Et paradoxalement, toutes ces connaissances apparaissent souvent fragmentées, dispersées, séparées les unes des autres. Comme si nous avions accumulé une immense quantité de savoirs… sans parvenir à leur donner un sens global.

Un récit moderne de nos origines

Et pourtant, si l’on rassemble toutes ces connaissances accumulées par l’humanité au fil des siècles, un autre récit des origines se dévoile. Un récit fondé non plus sur les croyances ou les traditions propres à une culture particulière, mais sur toutes les connaissances scientifiques accumulées par l’humanité au fil des siècles. Un récit construit grâce aux découvertes des astronomes, des géologues, des biologistes, des physiciens ou encore des anthropologues, et qui chercherait à relier tous les savoirs humains pour raconter l’histoire du monde. 

Cette histoire construite à partir de connaissances partagées par l’humanité entière me touche particulièrement parce qu’elle offre quelque chose de profondément unificateur : une histoire commune dans laquelle tous les êtres humains, au-delà des cultures, des religions ou des nations, peuvent se reconnaître et se sentir reliés les uns aux autres. Cette grande histoire scientifique moderne possède également l’avantage d’être vivante. Elle continuera d’évoluer au fil des découvertes scientifiques et des nouvelles connaissances que les êtres humains acquièrent sur le monde et sur eux-mêmes.

Et vous voyez un peu où je veux en venir? Cette grande histoire, c’est exactement ce que Maria Montessori avait imaginé il y a plus d’un siècle à travers les Grands Récits et l’Éducation cosmique.

Il est important de préciser ici que Maria Montessori, bien qu’elle ait été une grande scientifique, était aussi profondément croyante. Ainsi, même si son récit s’appuyait sur les connaissances scientifiques de son époque, elle avait malgré tout imaginé cette histoire cosmique en y intégrant l’intervention d’un « Dieu sans mains ». Aujourd’hui, beaucoup de pédagogues Montessori choisissent cependant de transmettre aux enfants un récit davantage fondé sur les connaissances scientifiques actuelles, sans intervention divine directe.

Pour autant, cette approche scientifique moderne n’enlève rien à l’émerveillement ni à la dimension spirituelle que portaient autrefois les récits mythiques, puisque l’univers continue d’apparaître traversé par des forces, des lois et des processus invisibles qui portent la vie et l’évolution vers toujours plus de complexité.

Pourquoi proposer un récit moderne de nos origines à nos enfants ?

Transmettre aux enfants cette grande histoire moderne des origines ne consiste pas seulement à leur enseigner des connaissances académiques en astronomie, en chimie, en biologie en géologie….  C’est quelque chose de bien plus profond. Maria Montessori cherchait avant tout à nourrir l’enfant de l’intérieur.

À travers les Grands Récits, elle voulait offrir une vision unifiée du monde. Une vision dans laquelle l’univers, les étoiles, le système solaire, la Terre, le vivant et l’humanité ne sont plus étudiés comme des éléments séparés, mais comme les différentes parties d’une même histoire en évolution.

Comprendre l’humanité suppose alors de comprendre le vivant : l’apparition des premières cellules, la lente transformation des espèces au fil de millions d’années… Et comprendre le vivant suppose de comprendre la Terre elle-même : sa formation, ses océans, son atmosphère, ses équilibres fragiles et les conditions extraordinaires qui ont permis à la vie d’y apparaître. Et comprendre la Terre nous conduit finalement jusqu’aux étoiles, puisque les éléments qui composent notre planète, le vivant et même notre propre corps sont nés au cœur d’anciennes étoiles. L’histoire humaine est inséparable de l’histoire cosmique et de l’univers lui-même.

L’enfant découvre alors peu à peu que tout est lié. Que l’histoire humaine n’est qu’une petite partie d’une histoire infiniment plus vaste, commencée bien avant lui et qui continue encore aujourd’hui. Exposé de cette façon, il comprend qu’il fait lui aussi partie de cette immense aventure cosmique. Qu’il est là grâce à tout ce qui s’est passé avant lui. Et cette compréhension transforme profondément le regard qu’il porte sur le monde.

Peu à peu, l’enfant cesse de se percevoir comme séparé du vivant. Il comprend qu’il appartient à un ensemble beaucoup plus vaste dans lequel chaque être, chaque élément et chaque forme de vie entretiennent des liens d’interdépendance. Cette prise de conscience nourrit naturellement un sentiment d’appartenance, de gratitude et de responsabilité envers le monde qui l’entoure.

C’est aussi dans ce sens que Maria Montessori parlait d’éducation à la paix. Car une éducation capable d’aider l’enfant à se sentir relié aux autres êtres humains, au vivant et à l’univers lui-même permet de développer en lui un profond sentiment d’appartenance, ainsi qu’un véritable respect pour le monde et tout ce qui le compose.

Une grande histoire du monde mise à la porter des enfants

Maria Montessori était une avant-gardiste. Elle avait pressenti très tôt ce besoin profondément humain de se sentir relié à une histoire plus vaste que soi, capable de donner du sens au monde et à notre place à l’intérieur de celui-ci. Mais c’était aussi une immense pédagogue, qui a réussi l’exploit de rendre cette grande histoire du monde accessible aux enfants, sans pour autant la simplifier de manière infantilisante. 

Pour cela, elle a choisi de structurer cette immense histoire en cinq grands récits fondateurs : l’Histoire de la Création, l’Histoire de la Vie, l’Histoire des Humains, puis la découverte de l’Écriture et des Mathématiques. Chacun de ces récits correspond à une nouvelle étape dans l’échelle du temps et permet à l’enfant de se construire progressivement une vision chronologique, cohérente et organisée du monde.

Ces grands récits n’ont pas vocation à tout expliquer et ne cherchent pas à transmettre une somme exhaustive de connaissances scientifiques. Leur objectif premier est avant tout d’éveiller l’émerveillement de l’enfant, de nourrir son désir de comprendre et de lui donner envie d’explorer davantage par lui-même l’histoire du monde dont il fait partie.

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Autour du feu, les être humains ont longtemps transmis leurs récits sur le monde, les étoiles et leurs origines 

Une dimension essentielle de cette approche est que ces récits ne doivent pas être simplement lus, mais racontés et incarnés, à l’image des premiers récits fondateurs de l’humanité qui se transmettaient oralement de génération en génération. Maria Montessori s’inscrit ici dans quelque chose de profondément humain et universel. La tradition orale constitue la première forme de transmission du savoir et sans doute le plus ancien outil de transmission de l’humanité. En redonnant toute sa place au récit raconté, Maria Montessori réactive cette puissance ancestrale de la parole afin de permettre à l’enfant de se relier émotionnellement et intellectuellement à l’histoire du monde.

Enfin, ces récits sont toujours accompagnés d’éléments concrets et visuels qui permettent à l’enfant de se construire progressivement des représentations mentales stables : des expériences, des démonstrations, des images, des objets ou encore de grandes frises chronologiques. Tout est conçu pour aider l’enfant à rendre tangible ce qui pourrait autrement demeurer totalement abstrait, notamment lorsqu’il s’agit de réalités touchant à l’infiniment grand, à l’infiniment loin ou à des échelles de temps vertigineuses.

On arrive au terme de cet article, j’espère qu’il vous aura permis d’entrevoir un peu de la richesse des grandes histoires de Maria Montessori, et peut-être vous donner envie de vous lancer avec vos enfants. ✨