Et c’est reparti pour une nouvelle année d’instruction en famille, notre sixième « non-rentrée » !
J’arrive enfin au terme de sa préparation. J’ai consacré une bonne partie de l’été à construire notre programmation, à choisir nos supports et à réfléchir à la façon dont nous avancerons au fil des mois.
Ce travail en amont est devenu indispensable pour moi, car sans direction claire, j’ai vite tendance à improviser et, peu à peu, nous finissons par nous essouffler et perdre notre rythme.
Dans cet article, je vous présente notre organisation ainsi que les ressources choisies pour mes deux garçons, qui entreront respectivement en 4P et en 6P, soit l’équivalent du CE1 et du CM1 en France. J’espère que ce partage pourra inspirer d’autres familles qui cherchent à organiser leur rentrée en instruction en famille avec la pédagogie Montessori.
Mais avant de vous présenter les supports qui nous accompagneront cette année, je voulais vous expliquer plus concrètement comment nous nous organisons au quotidien, car notre organisation a beaucoup évolué au fil des années et nous avons beaucoup tâtonné avant de trouver une façon de fonctionner qui convienne à tout le monde.
Depuis l’année dernière, j’ai cependant le sentiment que nous avons enfin trouvé un équilibre qui correspond à notre famille et à notre manière d’apprendre ensemble. Voici donc les principaux repères autour desquels s’organisent aujourd’hui nos moments d’instruction.
Depuis l’année dernière, nous consacrons toutes nos matinées aux apprentissages. Les après-midis restent libres pour les sorties pédagogiques, nos occupations personnelles, ou les moments avec les copains… Nous ne commençons pas forcément tous les jours à la même heure et, honnêtement, je ne cherche pas à instaurer un emploi du temps trop rigide. Mais ce temps d’apprentissage fait maintenant partie de notre quotidien et je crois que nous en avions vraiment besoin.
Pendant longtemps, j’ai surtout essayé de suivre les intérêts spontanés de mes enfants. Je me laissais porter par leurs envies et leur curiosité du moment. Cette liberté était précieuse, bien sûr, mais je sentais malgré tout qu’il nous manquait quelque chose. En restant centrée sur leurs seuls intérêts, j’avais parfois du mal à maintenir une continuité dans nos apprentissages. Nous perdions facilement notre rythme et je n’avais pas le sentiment de profiter pleinement de toute la richesse de la pédagogie Montessori.
Avec ce nouvel équilibre, je peux aussi assumer pleinement le rôle de l’éducateur tel qu’il est envisagé dans la pédagogie Montessori, celui d’éveiller la curiosité des enfants et de leur montrer des chemins dont ils ignorent encore l’existence. Car un enfant qui n’a jamais entendu parler du théorème de Pythagore ne peut pas savoir à quel point celui-ci peut être passionnant. Il ne peut pas non plus savoir qu’il adorera créer des figures géométriques si personne ne lui a jamais montré comment utiliser un compas.
L’adulte a cette responsabilité d’offrir à l’enfant les clés du monde. Celui-ci reste ensuite libre de choisir les portes qu’il souhaite ouvrir, maintenant ou plus tard.
Au départ, je préparais un programme très précis pour chaque semaine. Sur le papier, tout était parfaitement organisé. Mais, dans la réalité, il suffisait d’un rendez-vous, d’une sortie imprévue ou simplement d’un apprentissage qui nous occupait plus longtemps que prévu pour que tout soit décalé. Bref, nous n’arrivions jamais vraiment à le suivre et cela finissait par devenir stressant.
Puis, j’ai découvert sur des blogs américains un fonctionnement sous forme de tournus, beaucoup plus adapté à notre quotidien. Le principe est très simple. Au lieu d’attribuer une matière à un jour précis, on établit une liste de tous les domaines que l’on souhaite travailler. Chaque matin, nous reprenons simplement cette liste là où nous nous étions arrêtés la fois précédente. Si une activité nous occupe plus longtemps que prévu, ce n’est pas grave. Nous prenons le temps dont nous avons besoin, puis nous poursuivons le tournus.
Cette façon de fonctionner a considérablement allégé notre quotidien. Je sais désormais que chaque domaine trouvera sa place au fil des semaines, sans avoir constamment l’impression de prendre du retard sur un programme que j’ai moi-même établi. Elle me permet aussi de mieux respecter le rythme de mes enfants et d’accorder davantage de place à ce qui les absorbe vraiment.
Maria Montessori parlait du « grand travail » pour désigner ces moments de concentration profonde. Lorsque je vois l’un de mes garçons complètement plongé dans ce qu’il fait, je sais aujourd’hui qu’il est plus important de préserver cet élan que de l’interrompre simplement pour suivre le déroulement prévu.
La lecture à voix haute occupe une place très importante dans notre instruction. Elle nous permet de prolonger une découverte, d’approfondir un sujet, de l’aborder sous un autre angle ou encore de découvrir la vie d’une personne à travers une biographie. Les livres viennent nourrir ce que nous étudions et donnent davantage de profondeur à nos apprentissages.
Chez nous, la lecture trouve naturellement sa place juste avant de commencer notre matinée d’apprentissage. En général, nous nous installons confortablement sous un plaid sur le canapé. Les jours où nous avons moins de temps, je lis pendant que les garçons prennent leur petit-déjeuner.
Nous avons généralement plusieurs livres commencés en même temps, souvent un pour chaque domaine que nous étudions. Je choisis la lecture du matin en fonction de ce qui nous attend ensuite. C’est, pour nous, une manière douce de commencer notre matinée et de nous plonger ensemble dans ce que nous allons étudier.
Voilà pour les grandes lignes de notre organisation. Il est maintenant temps de vous présenter ce que nous allons étudier cette année, ainsi que les supports qui nous accompagneront tout au long de nos apprentissages.
Cette année encore, la Grande Histoire Cosmique sera au cœur de notre instruction en famille. C’est le fil conducteur qui relie tous nos apprentissages et qui nous permet de suivre un même chemin malgré la différence d’âge entre mes garçons. Je peux leur raconter la même histoire, puis adapter les activités et les approfondissements à l’âge et aux besoins de chacun.
Depuis l’année dernière, nous avons choisi d’aborder cette grande histoire de manière linéaire et chronologique, depuis les premiers instants de l’Univers jusqu’à l’histoire de l’humanité. Je trouve que cette façon de faire se prête particulièrement bien à l’instruction en famille, car elle nous donne une direction claire et permet aux apprentissages de s’enchaîner naturellement les uns avec les autres.
À chaque étape de cette histoire, de nouveaux domaines d’apprentissage s’ouvrent naturellement à nous. Ainsi, la naissance de l’Univers nous conduit vers la cosmologie, la physique et la chimie. L’apparition de la vie nous mène vers la biologie, tandis que l’arrivée de l’être humain ouvre la voie à l’histoire et à la géographie. Les différentes matières ne sont donc pas étudiées séparément, mais viennent toutes éclairer une partie de cette Grande Histoire Cosmique.
Cette année, nous reprenons l’aventure depuis le début avec un parcours plus complet, mêlant présentations Montessori et apprentissages plus scolaires afin de répondre aux objectifs attendus dans le cadre de l’instruction en famille. Nous commencerons avec La quête de nos origines, qui nous permettra d’aborder la mythologie à travers les récits de création, la philosophie à travers les grandes questions sur nos origines et l’histoire des sciences à travers l’évolution de notre représentation de l’Univers.
Puis, avec Les premiers instants de l’Univers, nous aborderons la cosmologie à travers la naissance et l’expansion de l’Univers, la physique avec l’apparition de la lumière et de la matière, puis la chimie avec la formation des premiers atomes.
Si le temps nous le permet, nous poursuivrons cette histoire avec la naissance des premières étoiles. Ce sera l’occasion de découvrir leur formation, la fusion nucléaire, la création de nouveaux éléments chimiques et le rôle essentiel des étoiles dans la suite de notre histoire cosmique.
En géométrie, nous terminerons notre étude des triangles, commencée l’année dernière, avant de poursuivre avec la géométrie des quadrilatères, puis celle des cercles. Là encore, je mènerai la même étude avec Liam et Jesse, en adaptant les activités et le niveau d’approfondissement aux besoins de chacun.
En géométrie, nous restons fidèles à la démarche Montessori. Nous commençons toujours par manipuler, observer et expérimenter. Les garçons découvrent ainsi les propriétés des formes de manière très concrète, avant de mettre des mots sur leurs observations et d’aller peu à peu vers des notions plus abstraites.
L’art occupe également une place importante dans cette progression, puisqu’en pédagogie Montessori, il est étroitement lié aux autres apprentissages. Les activités artistiques viendront prolonger les découvertes à travers des constructions et des compositions géométriques. Une autre manière d’explorer les notions étudiées, mais aussi de percevoir toute la beauté des formes.
Avec Liam, nous compléterons notre étude de la géométrie avec Origamath, une approche qui associe exercices géométriques et origami. Nous ne l’avons pas encore testée, je ne peux donc pas encore vous en dire davantage, mais je vous ferai un retour après l’avoir expérimentée.
Pour l’histoire, nous restons là aussi fidèles à la démarche Montessori en poursuivant notre découverte des civilisations anciennes à travers les besoins fondamentaux de l’être humain. J’aime beaucoup cette approche, car elle permet de ne pas réduire l’histoire à une succession de dates et d’événements.
Si les besoins fondamentaux sont communs à tous les êtres humains, les façons d’y répondre diffèrent selon les époques, les lieux, les climats et les ressources disponibles. Nous pouvons ainsi observer ce qui rapproche les civilisations, mais aussi mieux comprendre les solutions très différentes que chacune a imaginées pour se nourrir, s’abriter, se déplacer, communiquer ou donner du sens au monde.
C’est également une étude qui s’adapte très bien à une fratrie. Mes deux garçons peuvent découvrir la même civilisation ensemble, puis je peux ajuster les lectures, les recherches et les activités selon l’âge et les capacités de chacun.
Cette année, nous terminerons notre étude de la Mésopotamie, commencée l’année dernière, avant de poursuivre avec l’Égypte ancienne, la Chine ancienne et l’Inde ancienne. Je doute que nous ayons le temps de tout découvrir, mais cela n’a pas vraiment d’importance. Chacune de ces civilisations mérite que l’on prenne le temps de s’y attarder. Je préfère donc ne pas enfermer cette progression dans les limites d’une année scolaire. Nous avancerons à notre rythme, sans chercher à tout terminer ni à cocher toutes les cases.
Nous poursuivrons notre étude de la géographie physique par le biais de la cartographie. J’ai mis en place ce support l’année dernière et il fonctionne particulièrement bien chez nous. Nous continuerons donc en nous concentrant sur les pays d’Europe, même si notre curiosité nous conduira peut-être vers d’autres contrées au fil de l’année.
Ce temps d’étude sera aussi l’occasion de revoir et de consolider le vocabulaire lié aux reliefs, aux paysages et aux différentes formes de la terre et de l’eau.
La géographie fonctionnelle trouvera elle aussi naturellement sa place en fonction de notre avancée dans la Grande Histoire cosmique, notamment lorsque nous étudierons la formation et le fonctionnement de la Terre. Nous reviendrons alors sur les mouvements de notre planète, les saisons, les points cardinaux, les méridiens et les parallèles, ainsi que sur les notions de latitude et de longitude. Nous poursuivrons également notre découverte du travail des éléments et des forces qui façonnent continuellement les paysages.
De manière générale, le français est présent un peu partout dans nos apprentissages. À travers la Grande Histoire Cosmique par exemple, les garçons seront régulièrement amenés à lire, à rechercher des informations, à comparer des textes et à mettre par écrit ce qu’ils auront découvert. Une partie du français se vit donc en commun, autour des mêmes lectures et des mêmes découvertes.
Pour les apprentissages plus formels, chacun suit cependant sa propre progression. J’essaie d’utiliser les mêmes supports chaque fois que cela est possible pour simplifier notre quotidien, mais les activités et les attentes sont adaptées au niveau de chacun.
Dans notre tournus, j’ai réparti le français en plusieurs temps distincts consacrés à la grammaire, à la conjugaison, à l’apprentissage de l’orthographe et à la production écrite. Cela me permet de travailler le français avec eux régulièrement, sous la forme de petits rituels assez courts. Pour le moment, ce format fonctionne plutôt bien, car ce ne sont clairement pas les apprentissages que mes garçons préfèrent.
L’année dernière, nous avions travaillé la production écrite et la grammaire autour de l’art, à l’aide d’un dossier que j’avais créé spécialement pour eux. Cette manière de travailler ayant très bien fonctionné chez nous, j’ai préparé une nouvelle thématique en lien avec La quête de nos origines. Les garçons pourront ainsi mettre en mots et approfondir ce que nous découvrirons ensemble.
Nous utiliserons également les dossiers créés par mon amie Marie, de Pédagogie créative, elle aussi maman IEF. Son approche, davantage tournée vers les apprentissages formels et les objectifs du PER (Programme d’Étude Roman), complète très bien la mienne. Ses dossiers sont faciles à intégrer dans nos petits rituels et me permettent de garder un lien avec les attentes du programme.
Pour l’orthographe, nous suivrons la progression proposée dans les livres de Laura Marie, de L’Atelier de l’orthophoniste. J’apprécie son approche claire et structurée, qui correspond bien à notre manière de travailler et s’accorde pleinement avec l’esprit de la pédagogie Montessori.
Comme pour le français, mes deux garçons n’avancent pas au même rythme en mathématiques. J’adapte donc la progression et les présentations au niveau de chacun. Dans ce domaine, nous restons évidemment fidèles à la pédagogie Montessori, dont je trouve l’approche absolument remarquable, tant elle parvient à rendre visible et manipulable la pensée abstraite des mathématiques.
À cette progression s’ajoute, depuis l’année dernière, un petit rituel autour du soroban, un boulier japonais. Nous y consacrons une dizaine de minutes à la fin de chaque matinée d’étude afin de travailler le calcul mental. J’aurai certainement l’occasion de vous présenter cet outil plus en détail au cours de l’année.
La Grande Histoire Cosmique nous donnera aussi l’occasion d’aborder les mathématiques de manière plus vivante, à travers les expériences scientifiques proposées dans les dossiers, qui nous permettront de mieux la comprendre à mesure que nous la déroulerons.
Elle nous conduira également, à travers une sélection de livres et de biographies, à la rencontre des grands mathématiciens et scientifiques qui, par leurs questions, leurs intuitions et leurs découvertes, ont profondément transformé notre compréhension du monde. Une manière de découvrir les mathématiques à travers ceux que Maria Montessori appelait les héros de l’humanité.
Les mathématiques se glissent aussi très naturellement dans notre quotidien. Lorsque nous cuisinons ensemble, par exemple, nous pesons, nous mesurons, nous adaptons parfois les quantités d’une recette… Ce sont des occasions toutes simples de faire des mathématiques sans même avoir l’impression de travailler. J’aime ces apprentissages qui naissent de la vie quotidienne, car ils permettent de réinvestir et de généraliser les acquis dans des situations concrètes.
Voilà pour notre organisation de cette nouvelle année. Cet article était un peu long, mais j’espère qu’il aura pu vous donner quelques pistes et vous aider à imaginer une organisation qui corresponde à votre propre famille.
Après tout ce temps passé à préparer nos progressions et à choisir nos supports, je suis vraiment enthousiaste à l’idée de commencer. Savoir où nous allons, tout en gardant la liberté de nous adapter en chemin, m’apporte une véritable sérénité pour les mois à venir.
Je me réjouis d’entamer cette nouvelle année d’instruction qui sera, j’en suis sûr, riche en apprentissages et en émerveillements. C’est en tout cas tout ce que je nous souhaite et ce que je vous souhaite également.