L’apprentissage de la langue écrite s’organise autour de trois piliers essentiels qui sont : l’orthographe, la grammaire et la conjugaison. Ce sont ces trois piliers, ensemble, qui permettent à l’enfant de comprendre la logique de la langue pour construire des bases solides et durables dans l’apprentissage de celle-ci.
La pédagogie Montessori propose une structure très claire et des présentations précises pour aborder la grammaire. L’enfant est guidé pas à pas dans la découverte des notions, avec une progression lisible et cohérente. Pour l’orthographe, l’approche est différente. On s’appuie beaucoup sur le sens des mots, leur étymologie, leur construction, ce qui est très riche. En revanche, je n’ai pas trouvé de progression explicite et structurée qui permette d’aborder les règles orthographiques de manière progressive et organisée.
À la maison, j’ai beaucoup utilisé les dictées, qui ont bien évidemment toute leur place dans l’apprentissage de l’orthographe. Ce sont des outils précieux pour s’exercer, consolider et automatiser. Mais ils restent des outils d’entraînement. À eux seuls, ils ne constituent pas une progression et ne suffisent pas à faire comprendre les règles ni la logique de la langue.
Et puis, l’été dernier, j’ai découvert les ouvrages de Laura Marie, orthophoniste : Mon répertoire des dictées orthographiques et Mon répertoire des dictées par régularités. Ces livres proposent une organisation progressive de l’apprentissage de l’orthographe, fondée sur les régularités de la langue, qui permet d’entrer dans une véritable compréhension des mécanismes orthographiques.
Une véritable révélation!!
Depuis, je les ai totalement intégrés dans ma programmation de l’année et je les utilise comme principal support pour enseigner l’orthographe aux garçons, tant je trouve que leur approche résonne très fortement avec les principes de la pédagogie Montessori. Je t’explique pourquoi:
La progression proposée dans ces livres se fait étape par étape, dans l’esprit des progressions Montessori : on consolide une compétence avant d’aller plus loin. Cela permet de construire des bases solides en orthographe et de laisser à l’enfant le temps d’intégrer réellement ce qu’il apprend.
Concrètement, la progression est structurée autour d’une seule règle orthographique à la fois. Deux ouvrages sont proposés, que je recommande vivement d’utiliser ensemble, car ils se complètent très bien : l’un apporte la compréhension, l’autre permet de l’ancrer dans la pratique.
Dans « Mon répertoire des régularités orthographiques », Laura Marie propose une explication claire et explicite de la règle étudiée. Puis, dans « Mon répertoire des dictées par régularité », elle propose des dictées graduées pour s’entraîner sur cette même règle. On commence par des mots isolés : renard, lézard, froid. Puis de très courtes dictées : Le chat dévore le rat. Ensuite, des phrases plus longues : Le chat gris monte sur le matelas pour faire une sieste.
Cette façon de faire permet d’isoler une seule difficulté à la fois, un principe central de la pédagogie Montessori. L’enfant sait précisément sur quoi il travaille, sans être parasité par d’autres notions en même temps.
En se concentrant sur un seul point, il peut observer, comprendre et s’entraîner de manière plus efficace, sans surcharge cognitive. Chaque régularité est travaillée à travers de petites dictées ciblées, intégrant une seule règle orthographique. La progression respecte le rythme de l’enfant : on prend le temps de consolider, puis on avance lorsque la notion est réellement acquise.
On peut également se permettre de varier les dictées proposées pour soutenir l’enfant dans son apprentissage en jouant sur les accords dans la famille du nom (groupe nominal) par exemple, ou bien encore en variant les temps des verbes pour consolider ce que l’enfant connaît déjà ou en proposant des variantes grammaticales.
Ce que je trouve particulièrement fort dans les ouvrages de Laura Marie, c’est la manière dont chaque règle orthographique est introduite à travers de courtes histoires. Lorsqu’une règle est racontée plutôt que simplement énoncée, elle devient plus vivante, plus concrète, et donc plus facile à retenir pour l’enfant.
Par exemple, l’enfant apprend que « la plupart des mots féminins prennent un « e » final. Cependant, certains noms féminins refusent de porter ce « e » et ont décidé de s’en passer. Ces mots rebelles se rassemblent en deux clans :
1. Le gang du « eur », qui sème la peur et la terreur.
2. Le gang du « té/tié », qui ne manque pas de qualité mais règne sans pitié. »
La règle n’est plus une information abstraite : elle prend forme, elle se raconte, elle se visualise. L’enfant ne retient pas seulement quoi faire, il comprend pourquoi. On retrouve ici un outil central de la pédagogie Montessori, qui propose, dans la mesure du possible, de commencer chaque nouvelle notion par un récit. Maria Montessori avait en effet observé que le récit capte l’attention de l’enfant, nourrit son imaginaire et facilite la mémorisation des apprentissages.
Avant de se lancer dans une progression orthographique, la question n’est pas tant celle de l’âge que celle de la disponibilité de l’enfant. Comme toujours en pédagogie Montessori, l’observation reste le meilleur guide.
Pour entrer sereinement dans une étude structurée de l’orthographe, certains prérequis sont toutefois importants. L’enfant doit avoir acquis une orthographe phonologique satisfaisante, c’est-à-dire être capable d’écrire les mots comme ils se prononcent, sans hésitation majeure.
Il est également essentiel qu’un travail de grammaire ait déjà été amorcé, notamment autour de la famille du nom : déterminant, nom, adjectif, ainsi que les notions de féminin et de masculin.
Pour finir, un premier travail sur les mots outils est également nécessaire, afin que ces mots fréquents et non phonétiques soient déjà connus et reconnus.